Expérience & carrièreOpinions

Pourquoi afficher le macaron Open to work sur LinkedIn est (souvent) une mauvaise idée

Open to Work

Sur le papier, le macaron Open to work semble être une bonne idée.
Un signal clair, visible, assumé : je suis ouvert à de nouvelles opportunités.

Dans la réalité du marché du travail — et encore plus dans la seconde partie de carrière — c’est pourtant souvent une erreur stratégique.

Voici pourquoi.

1. Le macaron vous fait basculer du côté de la demande, pas de la valeur

Le macaron Open to work ne dit pas :

« J’ai des compétences rares »

Il dit :

« Je cherche »

Sur LinkedIn, ce signal visuel vous fait changer de catégorie mentale :

  • vous n’êtes plus perçu comme un profil chassable

  • mais comme un profil disponible

Or, sur un marché encore largement asymétrique, celui qui “cherche” est spontanément perçu comme moins en position de force que celui qui est approché.

Même si cette recherche est volontaire, confortable ou anticipée, le signal envoyé reste le même.

2. Il active des biais cognitifs puissants (et documentés)

Les recruteurs, dirigeants et managers sont soumis aux mêmes biais cognitifs que tout le monde :

  • ce qui est rare est perçu comme plus précieux

  • ce qui est abondant ou visible est perçu comme moins stratégique

  • ce qui est sur le marché est parfois inconsciemment interprété comme ayant été refusé ailleurs

Ces mécanismes sont bien documentés en psychologie sociale et agissent avant toute analyse rationnelle du CV.

Résultat : le macaron peut installer un doute silencieux, là où votre parcours ne posait aucun problème.

3. Il affaiblit votre pouvoir de négociation avant même le premier échange

Afficher publiquement que vous êtes en recherche active crée une hypothèse implicite :

  • vous avez besoin de ce poste

  • vous êtes pressé

  • vous serez plus flexible sur le salaire ou le périmètre

Selon Harvard Business Review (Why Negotiations Fail, 2019), le simple fait d’être perçu comme “en recherche active” peut entraîner une baisse de 7 à 15 % de la proposition salariale initiale, à compétences égales.

Autrement dit :
le macaron peut vous coûter cher — sans que personne n’en parle explicitement.

4. Il attire surtout du volume… pas de la qualité

Dans les faits, le macaron Open to work déclenche majoritairement :

  • des sollicitations d’ESN généralistes

  • des chasseurs de CV travaillant en volume

  • des propositions mal cadrées ou sous-dimensionnées

  • des approches automatisées

Très peu de postes stratégiques, à fort impact ou bien rémunérés sont pourvus via des profils affichés Open to work.

Ces opportunités circulent autrement :

  • par approche directe

  • via le réseau

  • par recommandation

  • par repérage d’expertise

Là où la valeur précède la disponibilité.

5. Après 45–50 ans, l’effet est encore plus pénalisant

C’est un sujet sensible, mais les chiffres sont clairs.

En France :

  • le taux d’emploi des 55–64 ans est de 58,4 %, contre 82 % pour les 25–49 ans

  • la durée moyenne de chômage après 50 ans est près de deux fois plus longue que pour les moins de 40 ans

Sources :

  • DARES, Les seniors sur le marché du travail, 2023

  • Pôle emploi, Durée d’inscription au chômage par âge, 2023

Dans ce contexte, afficher publiquement Open to work :

  • renforce les biais liés à l’âge

  • alimente la narration du “senior en difficulté”

  • au lieu de celle de “l’expert immédiatement opérationnel”

Ce n’est ni juste ni souhaitable.
Mais c’est ainsi que fonctionne encore le marché.

Ce qui fonctionne beaucoup mieux que le macaron

1. Un positionnement clair par la valeur

Votre headline doit répondre à une question simple :

Quel problème résolvez-vous ?

Exemple :

J’aide les entreprises industrielles à sécuriser leurs compétences critiques – 25 ans d’expérience terrain

Plutôt que :

Directeur X – Open to opportunities

2. Une visibilité choisie et maîtrisée

Publier des analyses, prendre position, commenter intelligemment, partager son expertise.
Redevenir visible pour ce que vous apportez, pas pour votre statut.

3. Des réseaux qualifiés, pas généralistes

Les opportunités à forte valeur émergent dans des cercles :

  • où l’expérience est un actif

  • où la lecture se fait par les compétences

  • où l’on ne met pas en scène la recherche

C’est précisément pour cela que des écosystèmes comme Hello Masters existent.

Le macaron Open to work :

  • n’augmente pas la qualité des opportunités

  • dégrade la perception de votre valeur

  • affaiblit votre pouvoir de négociation

  • renforce les biais, notamment liés à l’âge

Sur un marché qui manque de compétences, la vraie question n’est pas :

Qui cherche un job ?

Mais :

Qui sait résoudre ce problème-là, maintenant ?

Et cela ne se signale pas avec un macaron.

Ajouter une réaction

Incroyable
0
Heureux
0
J'adore
0
Interrogé
0
Cirsconspect
0

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 %