Par Hugo CRIFO
Le 29 janvier dernier, la banque d’affaires Alantra a organisé un événement intitulé Every Women in Finance, destiné à des étudiantes intéressées par les métiers de la corporate finance. Pour en assurer la visibilité, le groupe a fait un choix original : publier sur Welcome to the Jungle ce qui ressemblait à une offre d’emploi. Un détournement assumé des codes du recrutement, révélateur de l’attention croissante portée à l’attractivité des métiers financiers auprès des femmes.
Cette initiative illustre une réalité désormais bien établie : la finance recrute des femmes. Reste à comprendre pourquoi cette présence s’amenuise à mesure que l’on progresse dans la hiérarchie.
Selon le Gender Intelligence Report 2025 de l’Université de Saint-Gall, les femmes représentent environ 45 % des effectifs non managériaux du secteur bancaire. Mais cette proportion chute à chaque étape : 35 % des promotions vers le premier niveau de management, puis environ 25 % des postes de middle et top management. Le problème ne semble donc pas se situer à l’entrée dans la carrière, mais dans la trajectoire professionnelle.
Les explications avancées sont connues : intensité horaire, pression constante, difficulté à concilier exigences professionnelles et vie familiale, notamment à l’arrivée d’un enfant. Cette lecture conduit à situer le cœur du problème au milieu de carrière.
Pourtant, les données viennent bousculer cette interprétation. Le rapport Women in the Workplace 2025 de McKinsey montre que les ambitions des femmes ne diminuent pas avec le temps. Au contraire, elles augmentent. De 69 % à l’entrée sur le marché du travail, la proportion de femmes souhaitant une promotion atteint 82 % en milieu de carrière et 84 % au niveau senior. Si les aspirations progressent alors que l’accès aux responsabilités se raréfie, l’inégalité ne peut s’expliquer uniquement par des arbitrages individuels.
La réponse des entreprises et du législateur a été, ces dernières années, largement réglementaire. Les lois Copé-Zimmermann puis Rixain ont permis d’augmenter significativement la part des femmes dans les instances dirigeantes. Mais cette progression reste en trompe-l’œil : au sein des Comités de Direction, les postes réellement structurants : finance, opérations, direction de divisions ou de régions, demeurent très majoritairement masculins. Les femmes y occupent encore principalement des fonctions dites “support”, moins exposées et moins décisives pour l’accès aux plus hautes responsabilités.
Autrement dit, le sujet n’est plus seulement celui des quotas, mais celui de la projection. Projection dans des rôles à pouvoir, projection dans des trajectoires stratégiques, projection dans des univers historiquement masculins.
Cette projection se construit bien avant l’accès aux Comités de Direction. Une enquête récente menée en Allemagne montre que les parents abordent davantage les sujets financiers avec leurs fils qu’avec leurs filles. À l’âge adulte, seules 18 % des femmes investissent en Bourse, contre 32 % des hommes. Moins de familiarité, moins de confiance, moins de légitimité perçue. Autant de facteurs qui façonnent, dès l’enfance, le rapport au pouvoir économique.
Arrivées au milieu de leur carrière, de nombreuses femmes évoluent ainsi dans des environnements où elles n’ont jamais été spontanément projetées, régis par des codes auxquels on les a rarement préparées.
La question de la parité dans les Comex ne se joue donc pas uniquement au sommet, ni même au moment des arbitrages de vie. Elle se joue bien plus tôt, dans l’accès aux représentations, aux rôles modèles et aux premières trajectoires.
Et si, finalement, l’égalité au sommet se jouait principalement dès l’entrée dans le monde du travail ?
Sources :
McKinsey – Women in the Workplace 2025
Alantra – Every Women in Finance (Welcome to the Jungle) – 29/01/2026
Université de Saint-Gall – Gender Equality in Banking – 2025
Les Échos – “Private Equity : la lente avancée vers la parité” – 05/08/2025






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