On entend souvent les DRH se plaindre :
« On ne nous écoute pas assez »,
« Les RH devraient être au cœur de la stratégie »,
« L’humain est le premier actif de l’entreprise ».
Très bien.
Mais posons la seule question qui vaille :
Qu’avez-vous réellement à dire sur le business ?
Un constat simple, factuel, implacable
Les DRH deviennent quasiment jamais CEO.
Pas rarement.
Pas exceptionnellement.
Presque jamais.
Ce n’est pas un hasard.
C’est un signal.
Dans un comité de direction, toutes les fonctions qui portent le résultat finissent, un jour, par être jugées légitimes pour diriger : finance, opérations, business units, parfois marketing ou tech.
Toutes.
Sauf une.
Pourquoi ?
Parce que la fonction RH ne porte pas le risque
La vision ne naît pas d’un PowerPoint.
Elle naît :
-
de la contrainte du marché
-
de l’arbitrage sous pression
-
de la responsabilité du résultat
-
de la peur de se tromper… et de devoir corriger vite
Or la réalité est brutale :
la majorité des DRH n’a jamais porté un P&L, jamais été responsable de la croissance, jamais été exposée au verdict du marché.
Ils sécurisent.
Ils cadrent.
Ils normalisent.
Ils exécutent.
On ne construit pas une vision stratégique depuis une fonction dont la mission historique est d’éviter le risque.
Innovation RH ≠ innovation business
Beaucoup de DRH parlent d’innovation.
Mais de quoi parle-t-on réellement ?
-
Un nouvel outil de recrutement
-
Une nouvelle grille de compétences
-
Un programme managérial rebaptisé
-
Un énième framework “inspirant”
Ce n’est pas de l’innovation.
C’est de l’optimisation de process.
L’innovation business, la vraie :
-
casse les modèles existants
-
redistribue le pouvoir
-
rend des compétences obsolètes
-
crée de l’instabilité
-
produit des perdants à court terme
Exactement ce que la fonction RH est censée éviter.
Il y a là une contradiction fondamentale que peu osent nommer.
Le malaise des DRH : vouloir être stratégiques sans en assumer le prix
Les DRH veulent peser dans les décisions…
Mais sans porter :
-
le risque financier
-
la responsabilité de l’échec
-
la pression du marché
-
l’exposition aux investisseurs
Ils veulent être écoutés, mais arrivent avec :
-
des sujets support
-
un logiciel réglementaire
-
une pensée interne, autocentrée
-
une temporalité déconnectée du business
Ce n’est pas un problème d’écoute.
C’est un problème de légitimité.
Les exceptions confirment la règle
Oui, il existe d’excellents DRH.
Mais regardez-les de près :
-
ex-entrepreneurs
-
ex-dirigeants de BU
-
profils hybrides
-
exposés au marché
-
allergiques au jargon RH
Ce ne sont pas les produits purs de la filière.
Ce sont ceux qui ont désappris la fonction RH classique.
Tant que les DRH :
-
ne porteront pas de résultats business
-
ne sortiront pas de la logique de conformité
-
confondront influence et importance
-
parleront stratégie sans jamais la produire
ils resteront des fonctions support frustrées de ne pas être au centre du jeu.
Le problème n’est pas qu’on ne les écoute pas.
Le problème, c’est qu’ils n’ont souvent rien de décisif à dire sur la transformation réelle du business.






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