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Christopher Stanton : et si l’IA ne menaçait pas l’emploi… mais les carrières mal positionnées ?

futureofwork

Par Blandine Mercier

Depuis deux ans, le débat sur l’intelligence artificielle est dominé par une question anxiogène :
combien d’emplois vont disparaître ?

On agite des chiffres, on imagine des bureaux vides, des open spaces automatisés, et une humanité remplacée par des algorithmes. Pourtant, un économiste du travail de la Harvard Business School, Christopher Stanton, arrive à une conclusion très différente.

Et elle est probablement beaucoup plus perturbante.

Selon lui, l’IA ne va pas provoquer une crise de l’emploi.
Elle va provoquer une crise de positionnement professionnel.

L’erreur fondamentale : nous raisonnons encore en “métiers”

Nous parlons toujours d’emplois comme s’il s’agissait de blocs homogènes : avocat, consultant, développeur, marketeur.

Or l’économie moderne ne fonctionne plus ainsi.

Elle fonctionne par tâches.

Un métier est en réalité un assemblage de micro-activités :

  • analyser

  • produire

  • corriger

  • expliquer

  • décider

  • coordonner

Et c’est là que l’IA change tout.

L’IA ne remplace pas un métier.
Elle remplace certaines tâches précises à l’intérieur d’un métier.

Exemple simple :

  • le développeur n’est plus celui qui écrit tout le code

  • le consultant n’est plus celui qui produit l’analyse

  • le juriste n’est plus celui qui rédige intégralement

Ils deviennent ceux qui vérifient, arbitrent, orientent et assument.

La valeur ne disparaît pas.
Elle se déplace.

La nouvelle fracture du travail : décideurs vs exécutants

Stanton observe un phénomène massif dans les plateformes de freelances et de travail à distance : la valeur économique ne dépend plus du secteur, ni du diplôme.

Elle dépend d’une chose.

Ton rôle dans la chaîne de décision.

Deux catégories apparaissent :

Ceux qui définissent le problème

Ils cadrent, priorisent, interprètent, prennent des responsabilités.
Leur valeur augmente.

Ceux qui exécutent une procédure

Ils appliquent, produisent, standardisent.
Leur valeur diminue.

Pourquoi ?
Parce que l’IA concurrence directement les tâches cognitives routinières.

Et contrairement à l’idée reçue, cela touche surtout les fonctions tertiaires intermédiaires :

  • analystes juniors

  • production juridique standardisée

  • rédaction standard

  • conseil formaté

  • reporting

Autrement dit : ce ne sont pas les métiers qui disparaissent.
Ce sont les positions professionnelles intermédiaires standardisées.

La “superstar economy” : la fin silencieuse de la classe moyenne qualifiée

Les données analysées par Stanton montrent un phénomène déjà observable :

Dans certaines catégories de travailleurs indépendants qualifiés,
les 10 % les mieux positionnés gagnent désormais 3 à 5 fois plus qu’avant,
tandis que la médiane stagne ou recule.

Ce n’est pas une opposition riches/pauvres.

C’est une opposition :

experts identifiés vs profils interchangeables.

Pourquoi ?
Parce que l’IA réduit drastiquement le coût de production intellectuelle.
Donc la rareté n’est plus la capacité à produire.

La rareté devient :

  • le jugement

  • la responsabilité

  • l’expérience contextualisée

Télétravail : la mondialisation invisible des compétences

Autre observation majeure : le télétravail n’est pas une parenthèse.

Il est une mutation structurelle.

Une entreprise peut désormais recruter un talent qualifié n’importe où.
Cela crée une concurrence mondiale pour toutes les tâches exécutables à distance.

Conséquence économique directe :
le salaire tend progressivement vers le prix mondial de la compétence.

Cela ne menace pas les métiers physiques.
Cela menace les fonctions tertiaires standardisées des économies développées.

Ce qui va réellement sécuriser une carrière

Stanton insiste sur un point décisif :

La sécurité professionnelle ne dépendra plus de :

  • l’ancienneté

  • le statut

  • le diplôme

Elle dépendra de la preuve d’expertise visible.

Nous passons d’un marché du travail basé sur le CV
à un marché basé sur la crédibilité professionnelle observable.

Et la compétence qui prend le plus de valeur n’est pas technique.

C’est la capacité à :

poser le bon problème

L’IA sait répondre.
Mais elle ne sait pas comprendre la situation humaine, organisationnelle et stratégique dans laquelle la question s’inscrit.

Or cette capacité vient presque exclusivement d’une chose :
l’expérience réelle accumulée.

 

Le futur du travail n’oppose pas humains et machines.

Il oppose deux formes de travail humain :

  • le travail standardisé, automatisable

  • le travail contextualisé, responsabilisé

L’IA ne supprime pas la valeur de l’expérience.
Elle la rend enfin mesurable.

Et dans ce monde, la question n’est plus :
Quel est votre poste ?

La question devient :
Sur quoi vous fait-on confiance pour décider ?

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